Festival Interstice #12

La nouvelle édition du festival Interstice (rencontre des inclassables), aura lieu du 27 avril au 7 mai 2017 à Caen !

Pour cette édition,

des expositions de Children of the Light (NL/NO), Pascal Haudressy (FR), Felix Luque Sanchez et Inigo Bilbao (ES), Felix Luque Sanchez et Damien Germany (ES/FR), LAB[AU] (BE), Nonotak (JP/FR)

Des concerts de Perconte et Dunckel (FR), Nonotak (JP/FR), Myriam Bleau (CA), Les Tontons Bringueurs (FR), L’étourneur (FR), Variable (FR)

Des rencontres, ateliers et conférences…

Plus d’infos sur le site du festival : http://festival-interstice.net

Fanfare, Ivan Navarro

L’artiste chilien Iván Navarro expose pour la première fois depuis quatre ans à Paris. Il présenteFanfare, un parcours immersif d’œuvres inédites qui interrogent les liens entre musique et pouvoir.
Jouant de correspondances entre effets optiques et sonores, Iván Navarro plonge le spectateur dans le noir, au milieu de sculptures de néons qui sont autant d’instruments de percussion. L’artiste se penche sur les ambiguïtés du langage et la puissance sociale de la musique.
Au cœur de l’orchestre électrique muet, une grosse caisse à double face épelle un mot en lumière, projeté à l’infini par un jeu de miroir, et dont le quasi anagramme se retrouve à l’envers :Blow devient Bomb dans une double ambivalence formelle et linguistique. Les onomatopées lumineusesSlap, Bang, Beat qui ponctuent la visite renvoient autant au rock qu’à la guérilla, à l’agression qu’à la résistance. Tout en niant la fonction originelle des instruments, les œuvres de Navarro produisent une représentation physique du son: immobiles, elles ‘jouent un morceau’ en silence, construisant une étrange perception de l’écoute et du mouvement.
A la polysémie du termefanfare, qui renvoie à la joie tapageuse de morceaux traditionnels mais aussi aux orchestres militaires, répond celle des instruments de musique détournés. Né au Chili sous la dictature de Pinochet, lvan Navarro aborde sans relâche les questions de pouvoir et du contrôle : outils de propagande ou d’élimination, le son et le langage peuvent également servir les insurrections.
L’artiste dévoile également une nouvelle série,Cymbals, intégrée dans un projet de recherche sur la musique initié avecDrums (2009) une batterie montrée dans la project room de la galerie aux côtés de l’environnement The Music Room IV. Conçue en collaboration avec l’artiste Courtney Smith,The Music Room IV est une chambre d’écoute active aux murs de bois recouverts de pochettes d’albums du monde entier – chacun est représentatif d’un soulèvement révolutionnaire. Un dispositif concave capitonné permet aux visiteurs de se nicher, protégés de la cacophonie visuelle des œuvres électriques, pour y écouter les morceaux diffusés. La musique entendue, comme celle ‘visualisée’, est une boucle sans fin de chansons de contestations, de balades de résistance et de célébration qui font entendre une voix unifiée face à l’oppression autoritaire.
Iván Navarro vit et travaille à Brooklyn (NY). Il a représenté le Chili à la 53 ème  Biennale de Venise en 2009.
Du 11 mars au 13 mai 2017
Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg 75003 Paris

The Jewish Museum – Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland

Exhibition view of Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland at The Jewish Museum, NY

Source : The Jewish Museum – Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland

Mécaniques remontées

Zimoun investit les espaces du CENTQUATRE-PARIS avec ses sculptures sonores pour sa plus grande exposition. Constituées de petits objets (cartons, balles, petits moteurs…), ses œuvres envoûtent le visiteur, tout en modifiant sa perception de l’espace.

Entretien avec Pascaline Vallée – 2017

Comment combinez-vous l’effet visuel et sonore lorsque vous créez une nouvelle œuvre ?
Y a-t-il un effet qui vient avant l’autre ?
Dans mon travail, vous entendez ce que vous voyez et vous voyez ce que vous entendez. Je m’intéresse à ce caractère direct. Les sons sont générés en temps réel, grâce à la combinaison et à l’interaction physique de matériaux en mouvement, qui jouent avec l’architecture environnante. Il n’y a pas d’abord le son ou l’élément visuel. En ce sens, je ne le vois pas comme combiner le sonore et le visuel, puisque ce sont deux éléments produits par un seul et même dispositif.

Pouvez-vous dire que vous réalisez des « sculptures audibles » ?
C’est une manière de les regarder, ou de les écouter. Cependant, je ne catégorise pas mon travail car je ne cherche pas vraiment à réfléchir dans une case. Néanmoins, je ne considère pas cela comme faux si mon œuvre est comprise comme une « sculpture sonore » ou une « architecture sonore », puisque ces combinaisons de mots reflètent à la fois l’élément sonore et le matériau et l’espace tridimensionnel, et tout ceci en fait partie. Un aspect de ma pratique est l’étude de microstructures vibratoires. L’œuvre explore le rythme et le flux mécaniques de dispositifs préparés. À la fois sonores et visuelles, des unités d’intense activité forment la base des compositions, dont la durée et les contours sont déterminés in situ. Des zones de jeu vides sont construites et mises en mouvement par les éléments de gravité, de résistance, de hasard et de répétition. Dans mes sculptures et installations, l’échelle devient un outil d’amplification ou de multiplication visuelle, alors que j’adapte chaque dispositif à un contexte particulier. Ce que j’appelle « architecture sonore » évoque un espace d’entrée, mais aussi une composition sonore qui fonctionne plus comme un organisme, quelque chose qui ne se transforme pas en quelque chose d’autre progressivement, mais qui est plutôt rempli de variations dans ses détails et avec des possibilités acoustiques puissantes. Il n’est pas question d’un début ou d’une fin. Ce n’est pas une narration. Cela ne va nulle part et cela ne vient de nulle part – même s’il change continuellement dans sa microstructure. Il s’agit plutôt de créer une situation et de se concentrer sur les vibrations qui se produisent à un instant T.

Pourquoi utilisez-vous des systèmes low tech et des matériaux simples comme le carton ou le bois ?
Je m’intéresse généralement à la simplicité, et à la complexité qui en découle. Je construis des systèmes simples, utilisant des matériaux simples, qui se mettent ensuite à générer quelque chose de plus complexe. J’aime les matériaux peu remarquables, la beauté du matériau simple et brut, provenant souvent d’un contexte quotidien ou d’une utilisation industrielle. Je m’intéresse à la fois à la simplicité et à la complexité : la simplicité du dispositif et la complexité dans le comportement qu’il développe en dehors de ce dispositif. Quand et pourquoi percevons-nous des choses comme complexes, bien que nous y voyions la simplicité en même temps ? Je tente de construire des stades dans lesquelles les matériaux commencent à agir individuellement, adoptant leur propre comportement. Les matériaux, les propriétés de résonance, les proportions, l’espace, la force, la fréquence sont quelques uns des éléments-clés dans le processus.

Est-ce que vous êtes inspirés par les processus naturels ?
Certainement, même si je n’essaie pas d’imiter la nature, mais plutôt de construire des compositions spatiales qui ont une certaine vitalité. Je crée des systèmes, qui échappent ensuite à mon contrôle et dont les microstructures changent constamment. Ce processus ressemble aux structures et formes organiques que l’on trouve dans la nature. D’un côté, mon travail est très concret – ce que voyez est ce que vous obtenez : des systèmes mécaniques simples combinant des matériaux bruts. De l’autre, mes créations ont une dimension abstraite. Je les garde très réduites et brutes, même les titres sont simplement les descriptions des matériaux utilisés. Je fais le lien entre mon travail et beaucoup de choses, prenant de nombreuses directions. J’essaie de créer une œuvre qui est capable de m’activer, de me faire penser à différentes choses. Je vois des liens avec différents thèmes et je crée une œuvre sur la base d’un grand champ d’intérêts. La perception, les dispositifs, l’individualité, l’espace, l’absurdité, l’architecture, la science, le son, les méthodes, la simplicité, la composition, la sculpture, la nature, le minimalisme, les réseaux… pour n’en citer que quelques uns, voire même les sociétés, l’industrialisation, l’humour ou la mécanique quantique… En ce sens, j’espère fournir cette liberté au public aussi. Pour moi, il n’y a pas un lien unique correct, une seule association que le visiteur de l’exposition « doit » faire. Il n’y a pas de vrai ou de faux. Plutôt que de transposer une idée ou un thème spécifique, c’est formidable si un visiteur s’anime devant une œuvre et commence à réfléchir ou à se demander, à faire des liens ou à s’interroger.

propos recueillis par Pascaline Vallée – Le CENTQUATRE-PARIS 2017


Interview Zimoun, Festival Interstice 2014. Atelier Radio – Esam Caen-Cherbourg :

« Mécaniques Remontées ». Exposition du sculpteur sonore Zimoun. | sonore visuel

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Zimoun investit les espaces du CENTQUATRE-PARIS avec ses sculptures sonores pour sa plus grande exposition. Constituées de petits objets (cartons, balles, petits moteurs…), ses œuvres envoûtent le visiteur, tout en modifiant sa perception de l’espace.

Source : « Mécaniques Remontées ». Exposition du sculpteur sonore Zimoun. | sonore visuel

Festival Sonic Protest 2017. Concerts, installations sonores, conférences… | sonore visuel

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Cette 13ème édition, en forme de marathon de l’incroyable, c’est l’occasion de voir et d’entendre, sur scène et pour de vrai, des artistes aussi cultes que This Is Not This Heat, The Nihilist Spasm Band, André Robillard, Phew, Sven-Åke Johansson, Ghédalia Tazartès, Anne Gillis ou Nurse With Wound!

Source : Festival Sonic Protest 2017. Concerts, installations sonores, conférences… | sonore visuel

Instants chavirés, Reflexio

Cycle « REFLEXIO », arts sonores et sound studies. Programme de mars.
 Avec Thibault Walter, Stéphan-Éloïse Gras & Peter Szendy, Mathieu Copeland.
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mercredi 8 mars 2017 à 18h
Instants Chavirés
THIBAULT WALTER
“Indifférent à la musique”
L’indifférent à la musique, celui qui n’a pas le sens de la musique, et celui qui est contre la musique. Pour Adorno et sa typologie des auditeurs, il correspond au 7ème et dernier type : « le degré zéro de l’écoute musicale » sur l’échelle normative de cette sociologie pionnière de la musique. Aujourd’hui, en neurosciences, ce type d’auditeurs fait l’objet d’une attention minutieuse en tant que trouble acquis ou congénital, non loin de l’idée d’une « disposition naturelle » – ce « convenu bourgeois » qu’attaquait Adorno. Cette intervention propose de réfléchir à cette indifférence à la musique par la description de mises en forme collectives d’une écoute selon l’hypothèse plus générale que des pratiques de musicalisation (en sociologie comme en neurosciences de la musique) verrouilleraient ensemble l’évidence de la notion de musique.
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mercredi 22 mars 2017 à 18h
Instants Chavirés
STÉPHAN-ÉLOÏSE GRAS & PETER SZENDY
“Lignes d’écoute – écoute en ligne”
Le n° 6 de la revue Transposition, consacré à la double question de l’écoute en ligne et des lignes d’écoute, interroge la façon dont nos oreilles d’aujourd’hui sont déterminées, configurées par le tournant du sonore vers le tout-numérique et le streaming. Il s’agit notamment de prendre la mesure des conséquences de ce tournant sur la diffusion de la musique, la perception de la voix, les formats d’encodage ou encore la structure des programmes radiophoniques. Mais il s’agit aussi d’inscrire ce tournant dans une histoire des lignes de conduite auditives. Écouter n’est jamais neutre : il y a des politiques de l’écoute.
Peter Szendy est maître de conférences au département de philosophie de l’université de Paris Ouest Nanterre et conseiller musicologique pour les programmes de la Philharmonie de Paris. Il est notamment l’auteur de : Tubes. La philosophie dans le juke-box (Éditions de Minuit, 2008) ; Sur écoute. Esthétique de l’espionnage (Éditions de Minuit, 2007) ; Membres fantômes. Des corps musiciens (Éditions de Minuit, 2002) ; Écoute, une histoire de nos oreilles (préface de Jean-Luc Nancy, Éditions de Minuit, 2001).
Stéphan-Éloïse Gras est docteure en Sciences de l’Information et de la Communication au GRIPIC CELSA – Paris Sorbonne ainsi qu’en Philosophie esthétique au LLCP – Paris 8. Elle s’intéresse aux approches critiques des médias numériques et plus généralement au régime contemporain de la sensorialité à partir d’une analyse de l’écoute musicale sur Internet. Sa thèse est publiée sous le titre Machines du goût et écoute en ligne (à paraître, Hermann). Elle prépare également un ouvrage aux éditions de la Philharmonie de Paris sur les « Webophonies », ces petits objets sonores du Web qui peuplent nos écoutes infra-ordinaires.

mercredi 29 mars 2017 à 18h00
Université Paris 8
MATHIEU COPELAND
“Une matérialité re-matérialisée – des expositions à être entendues”
Envisageant ces séries d’expositions parlées, ces rétrospectives parlées, ces expositions à être lues, tout autant que la possibilité de bande-son pour une exposition (Soundtrack for an Exhibition) ou d’expositions où le son produit est explosé à l’échelle de l’institution, cette conférence se propose d’explorer, au travers d’une architecture sensible uniquement construite par le son (par un ensemble de ses matérialités – le mot parlé, la polyphonie, la chanson, le chœur, l’enregistrement ou le mot même…), l’écoute et l’environnement de sons ainsi remasterisés par l’exposition, une réalité re-matérialisée.
Mathieu Copeland (né en 1977, vit à Londres) cultive une pratique curatoriale cherchant à subvertir le rôle traditionnel des expositions et à en renouveler nos perceptions. Il a notamment été co-commissaire de l’exposition « Vides, une rétrospective » au Centre Pompidou à Paris et à la Kunsthalle de Berne, et a organisé de nombreuses expositions dont « Soundtrack for an Exhibition », « Alan Vega » et « Gustav Metzger » au musée d’art contemporain de Lyon, « Une Mandala Mentale » au MUAC de Mexico City, ou encore « Une exposition chorégraphiée » à la Kunsthalle de Saint-Gall et à la Ferme du Buisson à Noisiel. Il a initié les séries « Reprises », « Expositions Parlées », et « Expositions à être lues », toutes présentées en 2013 au MoMA, New York. Il a été récemment commissaire invité au Musée du Jeu de Paume, Paris (2013-14), et, avec Philippe Decrauzat, commissaire invité au Plateau – FRAC Ile-de-France Paris (2014-15). Il a publié l’anthologie manifeste Chorégraphier l’exposition (Les Presses du Réel, 2013), et réalisé « L’exposition d’un film », une exposition comme long-métrage. Ces prochains ouvrages incluent Gustav Metzger, écrits 1953-2016 (Les Presses du Réel, 2016) et L’Anti-Musée (Walter Konig Editions, 2016).

Toute propagation du son s’accompagne d’une réflexion acoustique, dès lors que l’onde sonore rencontre une surface qui en partie l’absorbe et en partie la réfléchit.
Dérivant de ce principe, le cycle Reflexio propose une série de conférences où les paroles d’artistes, de musiciens et de chercheurs s’offriront à la réflexion partagée, dans des moments d’échange où les énoncés de chacun et chacune deviendront autant d’échos d’échos. Des usages de la voix dans l’art contemporain à l’écoute en ligne, en passant par les musiques d’attente téléphonique, les enjeux actuels des sound studies, le détournement des dispositifs électroniques du quotidien, l’indifférence à la musique, la saturation, ou encore l’apport du son dans la scénographie conceptuelle, ces conférences aborderont quelques-unes des préoccupations qui animent, aujourd’hui, les pratiques et la recherche dans les arts sonores, les musiques expérimentales et les sound studies.
Avec des interventions de : Nina Katchadourian, Jonathan Sterne, Anne-Lou Vincente et Raphaël Brunel, Dominique Petitgand, Andy Guhl, Thibault Walter, Peter Szendy & Stéphan-Éloïse Gras,  Mathieu Copeland.
Cycle dirigé par MATTHIEU SALADIN.