Mécaniques remontées

Zimoun investit les espaces du CENTQUATRE-PARIS avec ses sculptures sonores pour sa plus grande exposition. Constituées de petits objets (cartons, balles, petits moteurs…), ses œuvres envoûtent le visiteur, tout en modifiant sa perception de l’espace.

Entretien avec Pascaline Vallée – 2017

Comment combinez-vous l’effet visuel et sonore lorsque vous créez une nouvelle œuvre ?
Y a-t-il un effet qui vient avant l’autre ?
Dans mon travail, vous entendez ce que vous voyez et vous voyez ce que vous entendez. Je m’intéresse à ce caractère direct. Les sons sont générés en temps réel, grâce à la combinaison et à l’interaction physique de matériaux en mouvement, qui jouent avec l’architecture environnante. Il n’y a pas d’abord le son ou l’élément visuel. En ce sens, je ne le vois pas comme combiner le sonore et le visuel, puisque ce sont deux éléments produits par un seul et même dispositif.

Pouvez-vous dire que vous réalisez des « sculptures audibles » ?
C’est une manière de les regarder, ou de les écouter. Cependant, je ne catégorise pas mon travail car je ne cherche pas vraiment à réfléchir dans une case. Néanmoins, je ne considère pas cela comme faux si mon œuvre est comprise comme une « sculpture sonore » ou une « architecture sonore », puisque ces combinaisons de mots reflètent à la fois l’élément sonore et le matériau et l’espace tridimensionnel, et tout ceci en fait partie. Un aspect de ma pratique est l’étude de microstructures vibratoires. L’œuvre explore le rythme et le flux mécaniques de dispositifs préparés. À la fois sonores et visuelles, des unités d’intense activité forment la base des compositions, dont la durée et les contours sont déterminés in situ. Des zones de jeu vides sont construites et mises en mouvement par les éléments de gravité, de résistance, de hasard et de répétition. Dans mes sculptures et installations, l’échelle devient un outil d’amplification ou de multiplication visuelle, alors que j’adapte chaque dispositif à un contexte particulier. Ce que j’appelle « architecture sonore » évoque un espace d’entrée, mais aussi une composition sonore qui fonctionne plus comme un organisme, quelque chose qui ne se transforme pas en quelque chose d’autre progressivement, mais qui est plutôt rempli de variations dans ses détails et avec des possibilités acoustiques puissantes. Il n’est pas question d’un début ou d’une fin. Ce n’est pas une narration. Cela ne va nulle part et cela ne vient de nulle part – même s’il change continuellement dans sa microstructure. Il s’agit plutôt de créer une situation et de se concentrer sur les vibrations qui se produisent à un instant T.

Pourquoi utilisez-vous des systèmes low tech et des matériaux simples comme le carton ou le bois ?
Je m’intéresse généralement à la simplicité, et à la complexité qui en découle. Je construis des systèmes simples, utilisant des matériaux simples, qui se mettent ensuite à générer quelque chose de plus complexe. J’aime les matériaux peu remarquables, la beauté du matériau simple et brut, provenant souvent d’un contexte quotidien ou d’une utilisation industrielle. Je m’intéresse à la fois à la simplicité et à la complexité : la simplicité du dispositif et la complexité dans le comportement qu’il développe en dehors de ce dispositif. Quand et pourquoi percevons-nous des choses comme complexes, bien que nous y voyions la simplicité en même temps ? Je tente de construire des stades dans lesquelles les matériaux commencent à agir individuellement, adoptant leur propre comportement. Les matériaux, les propriétés de résonance, les proportions, l’espace, la force, la fréquence sont quelques uns des éléments-clés dans le processus.

Est-ce que vous êtes inspirés par les processus naturels ?
Certainement, même si je n’essaie pas d’imiter la nature, mais plutôt de construire des compositions spatiales qui ont une certaine vitalité. Je crée des systèmes, qui échappent ensuite à mon contrôle et dont les microstructures changent constamment. Ce processus ressemble aux structures et formes organiques que l’on trouve dans la nature. D’un côté, mon travail est très concret – ce que voyez est ce que vous obtenez : des systèmes mécaniques simples combinant des matériaux bruts. De l’autre, mes créations ont une dimension abstraite. Je les garde très réduites et brutes, même les titres sont simplement les descriptions des matériaux utilisés. Je fais le lien entre mon travail et beaucoup de choses, prenant de nombreuses directions. J’essaie de créer une œuvre qui est capable de m’activer, de me faire penser à différentes choses. Je vois des liens avec différents thèmes et je crée une œuvre sur la base d’un grand champ d’intérêts. La perception, les dispositifs, l’individualité, l’espace, l’absurdité, l’architecture, la science, le son, les méthodes, la simplicité, la composition, la sculpture, la nature, le minimalisme, les réseaux… pour n’en citer que quelques uns, voire même les sociétés, l’industrialisation, l’humour ou la mécanique quantique… En ce sens, j’espère fournir cette liberté au public aussi. Pour moi, il n’y a pas un lien unique correct, une seule association que le visiteur de l’exposition « doit » faire. Il n’y a pas de vrai ou de faux. Plutôt que de transposer une idée ou un thème spécifique, c’est formidable si un visiteur s’anime devant une œuvre et commence à réfléchir ou à se demander, à faire des liens ou à s’interroger.

propos recueillis par Pascaline Vallée – Le CENTQUATRE-PARIS 2017


Interview Zimoun, Festival Interstice 2014. Atelier Radio – Esam Caen-Cherbourg :

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